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  • Camille Nicolas

point final

Mis à jour : avr. 1

Le 31 décembre 2014 je fêtais mon premier nouvel an avec mes amis. Le 1er janvier 2015, à 5heures du matin, un "ami" avait sa main dans mon soutien-gorge alors que je dormais. À 5heures du matin, il me donnait des coups de genoux et de hanches, rythmés, saccadés, brutaux, bestiaux. À 5heures du matin, mon esprit était au dessus de mon corps, paralysé, incapable de bouger, subissant simplement des mains inconnues, brulant chaque parcelle de mon corps, instantanément. À 6heures du matin, mon bourreau s’est réveillé avec les autres, me sourit en me demandant si j’ai bien dormi. À 6heures du matin et une minute, je lui dis que oui, puis je me retourne, en pleurs. À 6heures et 10minutes, l’immolation reprend, plus brutale encore. Il a déjà ses repères sur mon corps, qui se tétanise à nouveau. Il sait où il va exactement. Alors il descend, incendie mon ventre, puis descend encore, brulant mon legging, le transperçant de ses doigts intensément glacés. À 6heures et 20minutes, j’entends sa respiration aller de plus en plus fort, puis il se retourne. Une accalmie de 10 minutes. Puis à 6heures et 30minutes il revient à mon corps, mort brulé. Tremblante et paralysée, je sens son souffle écoeurant, moite d’excitation dans mon oreille. À 6heures et 40minutes, une personne présente dans la chambre se réveille et quitte la pièce. Par un mouvement de courage, je trouve la force de me lever.

Il se leva à son tour, rejoignant notre bande d'amis, dégueulant un sourire hypocrite.

Pendant plusieurs mois, ma peau me brule lorsque je m’endors, dès qu’une main l’effleure. Je gratte ma peau jusqu’au sang pour effacer ces brulures, régénérer un nouvelle peau, qui ne sera pas marquée par ces mains, ces mouvements, ce souffle. Je revis chaque moment tous les soirs, dès que mes yeux se ferment. Je cache mon corps, rien de moulant, passer inaperçue, rentrer dans les codes et pourtant chercher obstinément à avoir le corps parfait.

Je ne veux pas déranger, surtout pas. Etre minuscule, imperceptible, remplaçable. Je veux qu’on m’oublie, ne plus exister. Malheureusement, l’histoire se répand, je l’explique, j’ouvre de nouveau les plaies qui ne sont pas réellement cicatrisées, et puis j'oublie.

Une série, une scène de viol dans un jaccuzzi deux an plus tard, et les cauchemars reprennent. Puis j’en parle, je raconte mon histoire en détails pour la première fois. Alors ils me laissent tranquille quelques instants.

Puis ils reviennent en janvier 2018. Quelques mois après, un accident. Boum. Trou noir. Je perds le contrôle, je ne sais plus qui je suis, ce qui me constitue, ce à quoi je dois me référer, me raccrocher. Je suis simplement certaine d'une chose ; je ne dois pas déranger, le moins possible, me plier aux codes, et surtout, ne plus en parler.

Dans ma tête, ça devient ma faute, uniquement ma faute. Je me perds, je perds des gens au passage. Seule, à nouveau, la nuit, vulnérable, violable.

Puis je rencontre de nouvelles personnes. Un coup de foudre, une nouvelle histoire d'amour m'encourage à mettre le point final ; « Enlève tes émotions, le surplus, le papier cadeau, prends juste les faits, et accepte de mettre le point final. »

Mais encore aujourd'hui, mon entourage souffre des plaies qu'il reste, des répercussions. Sur ma vie amoureuse particulièrement. Mauvais souvenir qui reviennent dans ma tête. Chao. Une assimilation prend le dessus, la peur prend le pas sur l'amour quelques instants. Tâche sur la toile. Yeux embués. Coeur fragilisé.

L'abandon comme seule crainte dans mes relations, mes anciens copains comme seuls protecteurs, leur amour comme seul pansement, leur épaule comme seul sas de décompression. Et la culpabilité qui s'empare de moi, de leur avoir fait vivre ça, de subir mon histoire, ton horreur. Trembler, angoisser après la rupture. Vulnérable, violable à nouveau. Les grands bras protecteurs amoureux disparaissent, et mon corps se recroqueville d'angoisse une fois seule. Alors je pars loin, cherchant à me prouver que je suis assez forte pour m'en sortir, faire face à l'inconnu.

Cependant, j'apprends à me faire confiance et à panser les plaies, grâce aux autres, à mes amis, ma famille, mes anciens copains. J'ai décidé d'accepter mon corps, de ne plus le cacher, de ne plus le modeler parfaitement, et de le montrer si l'envie m'en prend. Alors oui, je cherche souvent à être rassurée, car j'ai continuellement l'impression de ne pas être à la hauteur, et d'être un boulet, mais à force de persévérance, ces idées disparaitront, j'en suis certaine.

Je te hais de tout mon coeur, de m’avoir brulée, de m’avoir fait douter de qui j’étais, de mon entièreté, de ma conscience, de mon corps, je te hais de t’être introduit brutalement, d’avoir parcouru mon corps avec tes mains sales, crasseuses, purulentes, nocives, immondes. Je te hais d’avoir anéanti ma confiance, mon indépendance. Et je te crache dessus mon bonheur actuel. Tu n'en as rien à foutre de m’avoir brisée, de m’avoir hantée, d’alimenter mes peurs.

Je te hais du plus profond de mon coeur. Je te hais autant que j’ai peur de revivre ça.

Brule, tu comprendras alors la douleur de mon histoire, celle dont tu es l’auteur, où mon corps a été le personnage principal par défaut, et mon esprit la chute. Point final.


Rachel, 20ans


Final point


On December 31st, 2014 I celebrated my first New Year with my friends. On January 1, 2015, at 5 o'clock in the morning, a "friend" had his hand in my bra while I was sleeping. At 5 o'clock in the morning, he gave me blows with his knees and hips, rhythmic, jerky, brutal, animal-like. At 5 o'clock in the morning, my mind was above my body, paralyzed, unable to move, simply being subjected to unknown hands, burning every inch of my body, instantly. At 6 o'clock in the morning, my executioner woke up with the others, smiling at me, wondering if I had slept well. At 6 o'clock in the morning and for a minute, I tell him that I did, then I turn around, crying. At 6 o'clock and 10 minutes, the immolation resumes, even more brutal. He already has his markings on my body, which is once more paralysed. He knows exactly where he's going. So he comes down, sets my belly on fire, then goes down again, burning my leggings, piercing them with his intensely icy fingers. At 6 o'clock and 20 minutes, I hear his breathing getting louder and louder, then he turns around. A 10-minute lull. Then at 6 hours and 30 minutes he comes back to my body, burnt to death. Trembling and paralyzed, I feel his disgusting, sweaty breath of excitement in my ear. At 6:40 a.m., someone in the room wakes up and leaves the room. With a movement of courage, I find the strength to get up. He stood up in turn, joining our band of friends, disgustingly smiling a hypocritical smile. For several months, my skin burns when I fall asleep, as soon as a hand touches it. I scratch my skin to the point of blood to erase these burns, to regenerate new skin, which will not be marked by these hands, these movements, this breath. I relive every moment every night, as soon as my eyes close. I hide my body, nothing tight, go unnoticed, enter into codes and yet stubbornly seek to have the perfect body. I don't want to disturb, especially not. To be tiny, imperceptible, replaceable. I want to be forgotten, to no longer exist. Unfortunately, the story spreads, I explain it, I open again the wounds that are not really healed, and then I forget. A series, a rape scene in a jacuzzi two years later, and the nightmares begin again. Then I talk about it, I tell my story in detail for the first time. Then they leave me alone for a few moments. Then they come back in January 2018. A few months later, an accident. Boom. Black hole. I lose control, I don't know who I am, what I am, what I need to refer to, hang on. I'm just certain of one thing; I must not disturb, as little as possible, bend to codes, and above all, stop talking about it. In my head, it becomes my fault, only my fault. I get lost, I lose people along the way. Alone, again, at night, vulnerable, violent. Then I meet new people. Love at first sight, a new love story encourages me to put the final point; "Take away your emotions, the surplus, the gift wrap, just take the facts, and agree to put the final point. » But still today, my entourage suffers from the wounds that remain, the repercussions. Especially on my love life. Bad memories coming back into my head. Chao. An assimilation takes over, fear takes over love for a few moments. Stain on the canvas. Foggy eyes. Heart weakened. Abandonment as the only fear in my relationships, my old friends as the only protectors, their love as the only bandage, their shoulder as the only airlock of decompression. And the guilt that takes hold of me, of having made them go through this, of having to endure my story, your horror. Trembling, anguish after the rupture. Vulnerable, violable again. The big protective arms of love disappear, and my body crouches in anguish once I'm alone. So I go far away, trying to prove to myself that I'm strong enough to cope, to face the unknown. However, I am learning to trust myself and to heal the wounds, thanks to others, my friends, my family, my old boyfriends. I have decided to accept my body, to no longer hide it, to no longer shape it perfectly, and to show it if I feel like it. So yes, I often seek reassurance, because I continually feel that I'm not up to the task, and that I'm a burden, but with perseverance, these ideas will disappear, I'm sure. I hate you with all my heart, for having burned me, for having made me doubt who I was, of my entirety, of my conscience, of my body, I hate you for having introduced yourself brutally, for having gone through my body with your dirty, filthy, purulent, noxious, filthy hands. I hate you for destroying my confidence, my independence. And I spit on you my present happiness. You don't give a shit for breaking me, for haunting me, for feeding my fears.

I hate you from the bottom of my heart. I hate you as much as I'm afraid to go through this again. Burn, then you'll understand the pain of my story, the one you wrote, where my body was the main character by default, and my mind fell. Period. Rachel, 20 years old.



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